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« Plus qu’entrepreneur, soyez entreprenant ! » Adrien Aumont, co-fondateur de KissKissBankBank

Publié le 12 décembre 2017, Mis à jour le 12 décembre 2017

Adrien Aumont, cofondateur de KissKissBankBank, est venu raconter, sans filtre ni langue de bois, son parcours aux étudiants de l’école. Un témoignage fort et personnel, mais aussi un regard aiguisé et parfois grinçant sur les réalités de l’entrepreneuriat en France. Morceaux choisis.

Être entrepreneur, ce n’est pas un métier


« Être entrepreneur, c’est un état d’esprit, pas un métier. On peut être entrepreneur autrement qu’en montant sa boîte : en prenant des initiatives à la maison, dans sa ville ou dans son entreprise quand on est salarié. On est alors entreprenant. En France, il y a longtemps eu un déficit d’image de l’entrepreneuriat. Aujourd’hui, on est passé à un autre extrême, comme s’il n’y avait plus d’espace pour ceux qui ne sont pas entrepreneurs. Je suis convaincu qu’il y a de la place pour tous : pour les entrepreneurs, mais aussi pour les entreprenants, qui partagent ce tempérament, cette volonté chevillée au corps et cette capacité à surmonter les embûches et les échecs.

Personnellement, je ne me considère pas comme un chef d’entreprise. Je suis un des fondateurs de KissKissBankBank, j’y ai un rôle important, mais je n’ai pas envie d’être président. J’aime bien l’idée d’un Xavier Niel, qui n’est pas président de son groupe, mais qui est en charge de la stratégie ».


Il n’y a pas de ‘Serial entrepreneur’


« J’ai du mal avec cette notion de ‘Serial entrepreneur’. KissKissBankBank est ma quatrième entreprise. Cela veut dire que j’ai monté 4 boîtes et "foiré" les trois premières. Oui, j’ai connu trois échecs. Ce qui compte, c’est de savoir aller de l’avant et de rebondir aussi bien après un micro-échec qu’un échec. J’ai le sentiment que les jeunes, en France, ont longtemps pensé que Facebook s’est monté en 1h30 –la durée du film ! ndlr : The social network–. Or, quand Facebook est arrivé en France, il y avait déjà 5 ans de travail et d’efforts derrière.

En parcourant le pays, j’ai rencontré beaucoup de jeunes étudiants dont l’objectif était de créer leur entreprise pour la revendre : « je créé, je vends, je fais une culbute et je suis milliardaire ». Je crois que l’on revient de cette période. Les projets qui émergent aujourd’hui en témoignent : dans le commerce, l’industrie… ils sont beaucoup plus terre-à-terre même s’il y a l’inévitable couche de web ou d’objets connectés par-dessus. Je trouve cela rassurant ».


Un contexte favorable à la création d’entreprise en France


« Nous méritons bien, en France, la paternité du mot ‘entrepreneur’. Nous faisons partie de cette génération pour laquelle il n’a jamais été aussi difficile de trouver du travail, mais pour laquelle également il n’a jamais été aussi facile de créer son entreprise. Adie, BGE, chambres consulaires, collectivités et même banques maintenant… toutes ces structures accompagnent et soutiennent les créateurs.

En revanche, s’il est facile de démarrer et de croître, il est nettement plus compliqué de devenir un leader européen ou mondial. Pourquoi ? Parce que lever l’argent nécessaire, 10, 30 ou 50 millions d’euros, pour cette étape est rendu compliqué par la taille de nos fonds d’investissements. Ils sont simplement à l’échelle de notre pays. Quand les Etats-Unis ou la Chine peuvent financer de futurs leaders mondiaux, il faudrait que l’on soit en mesure de se positionner à l’échelle européenne en définissant des règles de financement communes ».


Attention aux potentiels dégâts liés à cette conjoncture


« S’il est facile d’entreprendre en France, il faut être vigilant à tous ces jeunes qui s’imaginent créer leur entreprise. D’abord parce que tous ne sont pas forcément armés pour le faire : on a parlé du tempérament, mais je veux aussi évoquer les sacrifices que cela suppose. Créer sa boîte, c’est prendre le risque de ne pas se verser de salaire pendant deux ou trois ans – ce que j’appelle le trou noir. Peuvent-ils tous le faire, quand ils ont fait des études pour lesquelles ils ont un emprunt à rembourser ? Ce sont aussi des gens à qui on a beaucoup répété que s’ils ne sont pas entrepreneurs, ils auront raté leur vie : que se passe-t-il pour eux en cas d’échec, s’ils n’ont pas la capacité de rebondir ?

Ensuite, créer des générations d’entrepreneurs, c’est prendre le risque de priver les entreprises existantes et les grands groupes de talents pour leur propre développement. Il y a peut-être un juste milieu à trouver, en incitant ces structures à s’ouvrir aux intrapreneurs, en changeant leur mode de fonctionnement. Je suis confiant car je sais que, malgré leur taille les grandes entreprises sont aussi capables d’une certaine agilité et de se réinventer. C’est ce que je constate au sein de la Banque Postale, qui a racheté KissKissBankBank en juin dernier, à l’intérieur de laquelle il y a beaucoup d’entreprenants ».


Le Crowdfunding ouvre le champ des possibles


« Le Crowdfunding est un outil extraordinaire de l’économie peer-to-peer qui ouvre le champ des possibles et donne de l’autonomie aux gens. Beaucoup l’utilisent pour amorcer leur projet, constituer des fonds propres et ensuite aller chercher plus de moyens auprès de financeurs traditionnels. Au-delà de l’aspect financier, c’est aussi pour eux un moyen de démontrer qu’ils ont 10, 15 ou 2000 personnes derrière eux, qui croient en leur projet. C’est un argument face aux autres financeurs et je vous assure que le Crowdfunding est une machine à créer de la confiance en soi, un outil de self-empowerment. Notre rôle, au sein de KissKissBankBank, est simplement de ‘câbler’ les gens entre eux et de leur permettre de révéler, en participant ainsi à un projet, le meilleur d’eux-mêmes : la solidarité, l’empathie, la bienveillance.

Dans la même veine, nous avons ensuite créé des outils comme hellomerci.com pour des prêts à taux zéro entre amis et Lendopolis qui permet aux entreprises, notamment TPE ou PME, d’emprunter, voire de lever des fonds auprès de particuliers. Dans mon entourage, j’ai souvent entendu ces dernières années des gens critiquer les banques, dire qu’elles refusent de financer l’économie. Avec Lendopolis, ces personnes ont désormais la possibilité de le faire elles-mêmes et de financer l’économie réelle en circuit court ».
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