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Présidentielle. Les programmes au crible d’un Professeur en sciences économiques.

Publié le 5 avril 2017, Mis à jour le 5 avril 2017

Professeur des Universités en Sciences économiques, directeur du laboratoire LARGE et enseignant à l’EM Strasbourg, Laurent Weill a jeté un regard scientifique et pragmatique sur les programmes économiques des 5 candidats à la présidentielle en tête des sondages. Livrée lors d’une conférence organisée à l’EM Strasbourg, cette analyse sans concession des principales annonces de François Fillon, Emmanuel Macron, Marine Le Pen, Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon nous éclaire sur leurs effets, mesurés à l’aune des chantiers nécessaires au redressement économique du pays sur le terrain du chômage, de la croissance et de la dette publique. Extraits choisis, non exhaustifs.

François Fillon – La baisse des dépenses publiques

« En voulant réaliser 100 milliards d’économies sur 5 ans, François Fillon vise un ratio de dépenses publiques sur PIB de 50%, contre 57% aujourd’hui et ainsi une réduction de la dette publique. Ce n’est pas infaisable, mais ce taux laisserait tout de même la France au-dessus de la moyenne européenne. A titre de comparaison, si l’on visait un ratio comparable à celui de l’Allemagne, il faudrait réaliser pas moins de 280 milliards d’économies. Mais cet objectif de réduction massive des dépenses publiques réduirait fortement la demande et fait aussi peser un risque de récession et d’augmentation du chômage : je ne suis pas sûr que le moment se prête à l’austérité. En fait, comme le préconisait déjà John Maynard Keynes, c’est surtout quand la croissance est plus forte qu’il faut arrêter de dépenser plus. Ce que n’ont pas fait Lionel Jospin puis Jacques Chirac en leur temps ».


Emmanuel Macron – La baisse des charges patronales et salariales


« Comme François Fillon, Emmanuel Macron veut baisser le coût du travail en actionnant le levier des charges patronales sur les salaires. Mais si Fillon veut le faire sur l’ensemble des salaires, ce qui est coûteux, Macron ne le ferait que sur les bas salaires, concrètement en remplaçant le CICE par une baisse pérenne de 6 points des charges patronales, avec une suppression totale sur le SMIC. Cela peut avoir un effet bénéfique sur l’emploi, en considérant que le coût du travail est un frein à l’embauche. Il veut également réduire les charges salariales en supprimant les cotisations maladie et chômage afin de réduire l’écart entre salaire brut et salaire net. C’est une hausse de la CSG de 1,7 point, ciblée essentiellement sur les revenus du capital, qui compenserait l’abandon de ces cotisations. À la clé donc, une augmentation du pouvoir d’achat des salariés et, peut-être, un effet sur la baisse du chômage en valorisant le travail et donc le retour à l’activité ».


Marine Le Pen – La sortie de l’euro

« Lorsque Marine Le Pen déclare vouloir "rétablir une monnaie nationale, levier de compétitivité", on peut légitimement interpréter cela comme une volonté de sortir de l’Euro. Son objectif est de retrouver cette compétitivité par la dévaluation et la remise en route de la planche à billets, pour financer les dépenses publiques. Concrètement, une telle politique conduirait, entre autres choses, à une hausse du prix des produits importés et à un impact inflationniste très fort qui prendra du pouvoir d’achat aux Français tout en rognant leur épargne. On risquerait tout simplement une faillite de l’Etat dans la mesure ou notre dette resterait émise en euros et qu’elle deviendrait instantanément nettement plus coûteuse. Cela provoquerait encore une fuite massive des capitaux, voire un phénomène de panique bancaire avec des retraits massifs de liquidités et la faillite d’établissements bancaires, qu’il serait immensément coûteux de renflouer. Pour toutes ces raisons et d’autres encore, sortir de l’euro est une idée qui me semble, disons, peu pertinente ».


Benoît Hamon – La mise en place d’un revenu universel

« La question du Revenu universel est importante et elle ne se terminera pas au lendemain de la présidentielle. Avec cette mesure, Benoît Hamon répond au constat qu’il fait qu’avec la robotisation, il y aura moins d’emplois disponibles et qu’il faut mettre en place un revenu de substitution. Une vision fataliste et contestable : la mécanisation est un processus en cours depuis plus de deux siècles et, depuis, des emplois disparaissent et d’autres sont créés en permanence. D’autres formes de critiques sont apparues. La critique libérale d’abord, qui estime qu’il remet en cause la valeur travail. La critique ‘de gauche’ ensuite, qui redoute un risque de forte modération salariale des entreprises. La critique ‘pratique’, enfin, qui dénonce le coût de la mesure. Les multiples révisions du projet par Benoît Hamon, revoyant le périmètre des bénéficiaires, instaurant des conditions de ressources, une dégressivité, etc. ont retiré sa dimension universelle et complexifié sa mise en œuvre, notamment en ne permettant pas la suppression pure et simple des aides et allocations existantes par ailleurs ».


Jean-Luc Mélenchon – La taxation des plus hauts revenus

« La limitation des plus hauts revenus est sans doute la mesure la plus innovante du projet de Jean-Luc Mélenchon. En clair, il veut créer une tranche à 100% d’imposition pour tous les revenus supérieurs à 20 fois le revenu médian, soit 33 000 euros par mois. Naturellement, cela contribuerait à réduire les inégalités. Cela pourrait inciter les dirigeants à augmenter les salaires les plus bas de leur entreprise pour pouvoir faire progresser le leur. Mais il ne faut pas oublier une chose : en France, 1% des foyers représentent 45% des recettes totales de l’impôt sur le revenu. Si, du fait de cette mesure, ils venaient à quitter le pays, ce serait un manque à gagner estimé à 35 milliards d’euros pour l’Etat. Même en restant, une telle mesure provoquerait immanquablement une diminution des recettes fiscales qui financent les services publics et la redistribution. Donc moins d’inégalités, oui, mais aussi plus de pauvreté car il y aura moins de redistribution et de services publics ».

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