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Féminisation des conseils d’administration : la France revient de loin!

Publié le 11 juillet 2014, Mis à jour le 11 décembre 2014

La France a voté une loi en faveur d’un quota de femmes dans les conseils d’administration des grandes entreprises. A la suite de cette décision, plusieurs critiques ont été formulées dans les médias. Les travaux d’Yves Moulin et de Sébastien Point (1), Professeurs à l’EM Strasbourg, permettent de relativiser ces objections.

Une féminisation des conseils d’administration par la Loi

Dans une récente étude, le cabinet Ethics & Boards évalue à 30% le taux de féminisation des conseils d’administration des entreprises du CAC 40 pour l’année 2014. La France revient de loin ! En 2006, alors que les femmes représentaient 47% de la population active française, elles n’occupaient que 8 % des sièges dans les conseils d’administration des 500 plus grandes sociétés de l’Hexagone. Pour assurer la mixité des conseils, le législateur a imposé un quota de femmes par un texte voté en janvier 2011. La loi prévoit désormais que la proportion des administrateurs de chaque sexe doit atteindre 20 % dès 2014, puis 40% à l’horizon 2017. La promulgation de la loi a provoqué des réactions que deux études scientifiques permettent de mettre en débat.

La féminisation progressive, un horizon mythique ?

Les détracteurs du texte dénoncent le caractère brutal et impératif du dispositif. Ils auraient préféré une formule plus incitative, comme l’inscription d’une recommandation dans le code de gouvernance, ce qui aurait permis d’accompagner une féminisation progressive des conseils, déjà en cours. Or, l’argument de la féminisation progressive est peu crédible au regard de l’évolution chiffrée. Dans les 120 plus grandes entreprises françaises cotées (SBF 120), les femmes, qui occupaient moins d’une centaine de sièges (sur environ 1300) en 2003, n’en détenaient toujours que 211 (sur 1700) à la veille du vote de la loi, en 2010. De plus, à cette même date, plus de 20 entreprises sur les 120 sociétés étudiées n’accueillaient aucune femme dans leur instance de surveillance. Enfin, avant l’entrée en vigueur de la loi, les entreprises comptant la plus forte proportion de femmes dans leur conseil étaient largement détenues par le dirigeant et/ou la famille ; ainsi, les administratrices étaient souvent leur épouse, leur sœur, leur fille, … siégeant fréquemment de longue date dans cette instance. A cette cadence, combien aurait-il fallu d’années pour approcher la parité ?

Un vivier de femmes « compétentes » plus large qu’il n’y paraît ?

Les opposants à la loi mettent également en doute la possibilité de trouver rapidement entre 500 et 1500 femmes (selon les estimations) dotées des compétences nécessaires pour remplir cette fonction. A leur sens, la « compétence » d’une administratrice passerait nécessairement par la détention d’un diplôme d’une Grande Ecole et une longue expérience de direction. Or, une étude rétrospective du profil des femmes siégeant dans les conseils du SBF 120 entre 2003 et 2009 montre que seulement 33% des administratrices en poste sont porteuses de ces caractéristiques. Les autres fournissent d’autres « compétences » : une connaissance fine de l’entreprise par leur appartenance à la famille, une sensibilité aux enjeux internationaux par leur origine étrangère, une appréhension sensible des salariés qu’elles représentent. Elles siègent moins au conseil pour discipliner ou contrôler les dirigeants que pour favoriser la construction d’opportunités stratégiques et limiter les biais cognitifs et comportementaux liés à la surreprésentation masculine. A y regarder de près, le vivier est sans doute plus riche qu’il n’y parait !

Yves Moulin, Professeur des Universités

(1) Y. Moulin et S. Point, "Les femmes dans les conseils d'administration des grands groupes français. Quels « atouts » privilégier ? ", Revue Française de Gestion, Vol. 39, n° 233, mai 2013 ; Y. Moulin et S. Point, "Les femmes dans les conseils d'administration du SBF 120 : qualités féminines ou affaires de famille ?", Revue de Gestion des Ressources Humaines, n° 83, mars 2012.


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